Sept collines autour de Roujan
Auteur : Philippe Delmotte       |       Publié le : 29 août 2026 dans la catégorie Les randonnées
Ce vendredi, il ne fait pas trop chaud. Une information qui, dans notre région et à cette période de l'année, mérite presque d'être signalée comme un événement exceptionnel.
Nous décidons donc d'en profiter pour partir en randonnée.
Le programme est simple : une boucle d'environ quatorze kilomètres, quelques collines, beaucoup de paysages et, nous l'espérons, quelques découvertes en chemin.
Direction Roujan. Trois minutes de voiture.
C'est tout.
Et pourtant, nous allons avoir l'impression de partir beaucoup plus loin.
Roujan est un village que nous connaissons bien. Sympathique, vivant, installé depuis des siècles au milieu des vignes. Le site était déjà occupé au Néolithique et le village était connu au Moyen Âge. Organisé en circulade, il conserve encore aujourd'hui plusieurs traces de son passé.
Mais nous y reviendrons.
Aujourd'hui, nous ne sommes pas venus faire de l'histoire. Enfin… pas uniquement.
Après quelques centaines de mètres sur les petites routes, nous nous engageons sur un sentier qui traverse des lieux-dits aux noms évocateurs : Puech Saint-Laurent, Les Touries, La Rouquette…
Le mot puech revient régulièrement.
Et lorsque l'on vit dans le sud de la France, on finit par comprendre qu'il vaut mieux s'en méfier.
Parce que puech, cela veut dire colline. Et une colline, cela signifie généralement qu'il va falloir monter.
Dans notre cas, plusieurs fois.
Le programme comprend tout de même sept monts : le Puech Saint-Laurent, Grabjac, le Puech Braujou, le Puech de la Lachette, le Mont Léquio, Saint-Hilaire et enfin le Bois de Sainte-Marthe.
Nous avons donc compris assez rapidement que la randonnée ne serait pas complètement plate.
Monter pour mieux regarder
Les montées sont parfois courtes et sèches. Celles où l'on se dit : « Ah, c'est déjà le sommet ! »
Et parfois un peu moins courtes. Celles où l'on évite soigneusement de demander : « C'est encore loin ? »
Mais la récompense est presque toujours là.
Au sommet.
Le regard porte loin, très loin.
Vers l'étang de Thau. Vers les Hautes Terres d'Oc. Vers les Pyrénées.
Et, surtout, les panoramas changent constamment.
C'est probablement ce que nous avons le plus aimé dans cette randonnée.
À peine avons-nous atteint un sommet que le paysage change, le relief se transforme et un autre horizon apparaît.
Dans la première partie du parcours, nous passons entre deux murs rocheux, l'un gris, l'autre ocre.
Le chemin commence à monter.
Déjà.
La vue s'ouvre alors sur la plaine.
Au loin, nous distinguons nettement le Mont Saint-Clair et le Mont Saint-Loup, aux deux extrémités de l'étang de Thau.
Sur son petit promontoire, Néffiès attire le regard.
Plus loin encore se détache la tour-clocher de Caux.
Et derrière nous, le ciel est suffisamment dégagé pour laisser apparaître les premiers contreforts des Pyrénées.
À mesure que l'automne approchera, les horizons seront probablement encore plus nets.
Une excellente excuse pour revenir. Comme si nous en avions besoin.
Entre les vignes et les oliviers
La randonnée ne laisse jamais le paysage s'installer trop longtemps.
Un bois. Une prairie sèche. Une vigne. Une montée. Une nouvelle vue. Puis une descente. Et cela recommence.
Partout dans la région, les vendanges ont commencé depuis plusieurs semaines.
Ici pourtant, certaines vignes portent encore de belles et lourdes grappes.
Nous sommes habitués à voir les vendangeuses s'activer autour de nous depuis quelque temps, et ces rangées encore chargées de raisins donnent presque l'impression d'avoir oublié le calendrier.
Peut-être que le terroir a décidé de prendre son temps.
Un peu plus loin, les vignes cèdent la place aux oliviers. Bien taillés, leurs branches sont chargées de belles olives. La récolte s'annonce prometteuse.
Et puis, dans la parcelle suivante, une association que nous n'avions pas encore remarquée : les oliviers se mélangent aux figuiers.
Décidément, même les arbres semblent apprécier la compagnie.
Les souvenirs accrochés au paysage
Régulièrement, nous croisons des mazets.
Ces petites maisonnettes de vigne, souvent construites simplement, avec leurs murs de pierre et leurs jolis toits de tuiles, font partie du paysage.
Orientées plein sud, elles servaient autrefois à ranger les outils et à offrir un abri aux vignerons lors des longues journées de travail.
C'était aussi l'endroit idéal pour s'installer à l'heure du pique-nique. À une époque où personne n'avait encore inventé la pause déjeuner climatisée.
Autour des parcelles, les murets sont partout. En pierre sèche ou parfois renforcés de ciment, ils disparaissent progressivement sous le lierre et les plantes grimpantes.
Certains mazets sont en ruine.
Certains murs s'effondrent.
Et pourtant, tous continuent à raconter quelque chose. Le travail des générations précédentes. Les journées passées dans les vignes. Les parcelles autrefois cultivées. Le temps où chaque pierre avait été déplacée à la main.
Aujourd'hui, nous les regardons différemment.
On aime les découvrir. Les observer. Parfois y entrer. Parfois les chevaucher. Et, bien sûr, les photographier.
Nos ancêtres construisaient pour travailler.
Nous, nous photographions.
Les temps changent.
Une croix qui a déjà eu une autre vie
Nous atteignons la route de Saint-Majan. Au carrefour se dresse une croix.
Jusque-là, rien de particulièrement inhabituel. La région en compte beaucoup. Mais celle-ci mérite que l'on s'arrête.
La croix date de 1655.
Son socle, en revanche, semble avoir eu une vie avant elle.
Il s'agit d'un remploi, un ancien élément en pierre calcaire probablement issu d'un ancien cimetière ou d'une sépulture médiévale.
À cette époque, réutiliser des pierres plus anciennes pour construire de nouveaux monuments n'avait rien d'exceptionnel.
Les monogrammes sculptés sur les différentes faces du socle rappellent d'ailleurs les symboles chrétiens de l'art funéraire et de la dévotion locale.
Une pierre qui a traversé plusieurs siècles. Et probablement plusieurs vies.
Un peu plus loin, un autre témoin du temps attire immédiatement notre attention.
Un platane.
Mais pas n'importe lequel.
Son tronc est gigantesque. Vraiment gigantesque. Plusieurs mètres de circonférence.
Âgé de plus de deux cents ans, il aurait été planté sur ce terrain humide pour célébrer la victoire de Marengo, le 14 juin 1800.
Malheureusement, la tempête de ce lundi ne l'a pas épargné.
Plusieurs de ses branches, grosses comme des arbres, jonchent le sol.
Certaines ont même entraîné avec elles les câbles électriques qui bordent la route.
Voir au sol une branche qui, à elle seule, pourrait presque faire office d'arbre donne une idée de la taille du géant.
Impressionnant. Et forcément un peu triste.
Le pont qui n'aurait pas dû être là
Nous poursuivons notre chemin dans un bois de feuillus qui longe la Peyne.
Une petite rivière au charme très romantique.
Le chemin est calme. La végétation devient plus dense. Et puis, soudain, au détour d'un chemin…
Un pont métallique.
Là.
Au-dessus de nous.
Un pont en treillis qui semble sortir de nulle part.
Envahi par la végétation, presque englouti par le paysage, il se fond tellement bien dans son environnement que l'on pourrait passer à côté sans vraiment le remarquer.
Sauf que lorsqu'on est à pied, on a le temps de lever les yeux.
Il s'agit d'un vestige d'une ancienne ligne de chemin de fer de la Compagnie des Chemins de Fer de l'Hérault. La ligne reliait autrefois plusieurs communes du département, notamment Béziers, Pézenas, Roujan, Gabian et Lodève. Elle transportait les voyageurs, notamment pour leurs sorties dominicales, mais également les productions agricoles locales.
Et, bien entendu, le vin.
Aujourd'hui, les rails ont disparu.
Le pont, lui, est resté.
Comme un souvenir suspendu au-dessus du chemin.
Un peu plus loin, nous traversons nous-mêmes la Peyne sur un petit pont.
Des plots cylindriques en ciment sont alignés le long de son bord.
Ils sont jolis.
Mais leur présence est surtout très utile.
La Peyne est un cours d'eau méditerranéen. Et les rivières méditerranéennes peuvent être très tranquilles… Jusqu'au moment où elles ne le sont plus du tout. Lors des crues, l'eau peut monter rapidement et recouvrir le pont.
Les plots espacés permettent alors à l'eau, aux galets et aux sédiments de circuler librement. Et si un gros tronc d'arbre vient les heurter, ils peuvent se casser individuellement sans entraîner toute la structure.
Des fusibles.
Mais en ciment.
Et lorsque l'eau commence à recouvrir légèrement le tablier du pont, ces plots restent visibles et permettent de savoir où se trouve encore la chaussée.
Un détail ingénieux.
Et certainement beaucoup plus rassurant lorsqu'il pleut.
Même les boîtes aux lettres ont de l'imagination
Cette randonnée devient peu à peu une sorte de chasse aux trésors.
Après les vieux murs, les mazets, les croix et les ponts, voici maintenant…
Une boîte aux lettres.
Mais attention.
Pas n'importe laquelle.
Devant une grille, nous découvrons une véritable explosion de figurines et de personnages. Les parois sont couvertes de super-héros. Le toit s'est transformé en lieu de rendez-vous pour les Minions, les Pyjamasques et les Schtroumpfs.
Le paradis du sticker.
Et probablement la seule boîte aux lettres de la région capable d'accueillir autant de monde sans recevoir davantage de courrier.
Même au fond des bois, la culture pop et l'humour ne perdent jamais le nord.
Quand la garrigue reprend le dessus
Puis le décor change encore.
Le chemin grimpe.
Évidemment.
L'asphalte disparaît.
Les pierres prennent le relais.
Les arbres deviennent moins nombreux et la garrigue s'installe. Il fait immédiatement plus chaud.
Nous entrons dans un paysage plus sauvage, plus sec, plus minéral.
Et surtout beaucoup plus odorant.
Les buissons de chênes nains, les genêts et les ajoncs forment un maquis dense. Le sentier est bordé de thym sauvage, de romarin et de lavande aspic. Il suffit parfois de frôler une plante pour que son parfum se libère.
Sous nos pieds, les couleurs changent elles aussi.
Le calcaire blanc.
Les roches volcaniques sombres.
Et, par endroits, cette terre rouge brique due à la présence de bauxite.
La garrigue ne forme jamais un paysage uniforme. Elle entoure de petites parcelles de vignes isolées. Puis s'ouvre soudainement sur une crête. Et nous offre une nouvelle vue.
Une nouvelle pause.
Une nouvelle occasion de sortir l'appareil photo.
Décidément, cette randonnée est assez généreuse avec nos jambes.
Et beaucoup trop généreuse avec notre carte mémoire.
La capitelle et l'oiseau qui n'était pas un oiseau
Sur le plateau de Saint-Andrieu, le sentier des collines offre une magnifique vue sur Neffiès et sur les premiers reliefs qui s'élèvent vers le Pic de Vissou.
Mais c'est surtout une capitelle qui attire notre regard.
Cette petite cabane en pierre sèche, particulièrement bien conservée, est l'un des joyaux du parcours.
Le chemin continue à serpenter à flanc de colline. Les descentes deviennent parfois abruptes. Les plaques de schiste et de calcaire nous rappellent qu'il vaut mieux regarder où l'on pose les pieds.
Et puis, soudain…
Un oiseau file sous nos yeux.
Enfin, c'est ce que nous pensons.
Quelque chose bouge dans un buisson.
L'animal se laisse observer.
Et nous comprenons rapidement que nous avons affaire à quelque chose de beaucoup moins aérien.
C'est un Criquet égyptien.
Un quiproquo finalement assez compréhensible. L'animal peut mesurer jusqu'à sept centimètres de long et son envergure est impressionnante. Avec une telle taille, il ressemble facilement à une sauterelle géante.
Mais c'est bien un criquet. Ses antennes sont courtes et robustes, contrairement à celles des sauterelles qui dépassent largement la longueur du corps.
L'animal est totalement inoffensif. Il apprécie les branches des arbustes et le soleil.
Comme beaucoup de monde dans la région, finalement.
Sa couleur gris-brun lui permet de se fondre presque parfaitement dans le paysage. Encore faut-il le regarder suffisamment longtemps.
Une deuxième boîte aux lettres… et beaucoup de travail
En direction de la Grange Rouge, le chemin remonte entre quelques maisons.
Et, décidément, les boîtes aux lettres semblent être un thème récurrent de la journée.
Cette fois, nous découvrons une boîte aux lettres en forme de petit puits.
Un toit en paillis.
Des pierres.
Un petit côté maison de conte de fées.
Nous savons, pour être passés ici lors de sa construction, que ce sont les habitants de la maison située un peu plus haut qui l'ont réalisée eux-mêmes.
Ils ont également construit leur maison avec des pierres trouvées sur la colline.
Il suffit d'imaginer le travail nécessaire pour mesurer l'ampleur du projet.
Remarquable.
Et probablement un excellent moyen de ne jamais manquer d'occupation le week-end.
Sur le plateau de la Grange Rouge, une ferme et quelques vestiges des premiers outils mécaniques rappellent encore l'activité agricole du secteur.
Parmi eux, un très beau tracteur équipé de chenilles. Le tout semble disposé dans un désordre parfaitement organisé. Ou peut-être simplement dans un désordre que nous avons décidé de qualifier d'organisé.
Le sol est ici d'un rouge brique particulièrement intense.
Au milieu des chênes nains, un autre bâtiment en ruine laisse encore apparaître son toit en tuiles canal et le haut de ses murs.
Comme la capitelle en ruine à l'arrière-plan, il témoigne du passé agricole et viticole de ces collines.
Les prairies sèches que nous traversons étaient probablement autrefois couvertes de vignes. Aujourd'hui, l'endroit semble abandonné.
La nature reprend ses droits.
Et parmi elle poussent de nombreuses touffes de cactus.
Des figuiers de Barbarie.
Originaires du Mexique, ils se sont parfaitement adaptés aux conditions arides et ensoleillées de la garrigue méditerranéenne. Leurs fruits sont comestibles.
À condition de réussir à les récolter sans transformer cette dégustation en séance de chirurgie légère.
Nous nous contenterons donc de les admirer.
Encore un peu de chemin
Le sentier de terre chemine maintenant entre de hautes herbes sèches et les touffes de fenouil sauvage aux fleurs jaunes.
Nous avançons au cœur de la garrigue avant de retrouver l'ombre d'un bois de chênes verts.
En arrière-plan, une colline boisée monte doucement vers le ciel. Quelques pins d'Alep. Un cyprès élancé.
Et cette lumière particulière de la fin d'été.
Sur notre droite apparaît le village de Vailhan, blotti au creux des reliefs de l'arrière-pays.
La randonnée se poursuit jusqu'à un petit tunnel pour piétons sous la route reliant Roujan à Gabian.
De l'autre côté se trouve le Château-Abbaye de Cassan, monument exceptionnel de l'Hérault, souvent surnommé le « Petit Versailles du Languedoc ».
Nous le connaissons.
Aujourd'hui, nous le saluons de loin.
La randonnée a déjà largement de quoi nous occuper. Et il reste encore une dernière montée.
Parce qu'il fallait bien terminer comme nous avions commencé.
En montant.
La dernière colline
Le chemin grimpe une dernière fois.
Nous arrivons au Bois de Sainte-Marthe.
Et, une fois encore, la montée est récompensée.
Le regard embrasse toute la plaine viticole.
Au loin apparaissent les clochers et châteaux des villages voisins : Puissalicon, Pouzolles, Margon.
Des paysages que nous connaissons, mais que nous découvrons toujours différemment depuis une colline.
Le nom de Sainte-Marthe est lié à une drôle d'histoire populaire de Roujan.
La légende raconte que Sainte Marthe, poursuivant la célèbre créature monstrueuse appelée la Tarasque, aurait levé une armée de hérissons pour traquer le monstre.
La Tarasque n'est jamais venue jusque dans ce coin de l'Hérault. Mais l'un des hérissons aurait décidé de rester.
Nourri et protégé par les habitants, il serait devenu l'animal totem de Roujan.
Une histoire assez étonnante.
Mais après une journée passée à rencontrer des boîtes aux lettres peuplées de Minions et un criquet que nous avions pris pour un oiseau, nous sommes prêts à croire à beaucoup de choses.
Retour à Roujan
Puis le chemin redescend.
Doucement.
Les premières maisons de Roujan apparaissent. La boucle se referme.
Quatorze kilomètres.
Sept collines.
Et finalement beaucoup plus de découvertes que nous ne l'imaginions en partant.
Des vignes encore chargées de raisins. Des oliviers et des figuiers. Des mazets oubliés. Des murs de pierre sèche. Une croix dont le socle avait déjà vécu une autre histoire. Un platane de plus de deux siècles, meurtri par la tempête. Le souvenir d'une ancienne ligne de chemin de fer. Une capitelle. Un criquet géant. Des cactus venus du Mexique.
Et, surtout, deux boîtes aux lettres que nous n'oublierons probablement pas de sitôt.
C'est peut-être cela que nous aimons le plus dans ces promenades autour de chez nous.
Nous partons rarement à la recherche de quelque chose de précis.
Pas de monument exceptionnel à tout prix.
Pas d'objectif à atteindre.
Juste un chemin.
Quelques kilomètres.
Et la curiosité de voir ce qui se cache derrière le prochain virage.
Nous connaissions Roujan avant de partir.
Nous connaissions les paysages autour de Roujan. Du moins, c'est ce que nous pensions.
Et pourtant, pendant quelques heures, nous avons traversé des paysages nouveaux, découvert des traces d'histoire que nous n'avions jamais remarquées, levé les yeux vers un pont oublié et regardé autrement des endroits que nous avions peut-être déjà traversés sans vraiment les voir.
Roujan est à trois minutes de l'maison.
Trois minutes.
Et pourtant, pendant quelques heures, nous étions ailleurs.
C'est sans doute l'un des grands privilèges de vivre ici.
Il suffit parfois d'ouvrir la porte, d'enfiler de bonnes chaussures et de prendre le temps de regarder autour de soi.
Le voyage commence parfois beaucoup plus près qu'on ne le pense.